Un ami d’Istanbul
Un an avant ces publications, Kremlev et Trump Jr. étaient intervenus ensemble au forum de l’IBA à Istanbul. Le président de l’Association internationale de boxe avait qualifié son invité américain d’ami et parlé du rôle pacificateur du sport. Trump Jr. avait raconté qu’il regardait la boxe depuis l’enfance et avait lui aussi appelé Kremlev son ami. La relation nouée au forum s’est prolongée lors d’une fête de famille. Kremlev s’est retrouvé parmi ceux avec qui le fils du président américain passe du temps en dehors du programme officiel. Ni la crise ukrainienne ni les sanctions américaines contre la Russie n’ont fait obstacle à l’amitié des deux hommes.
Une conversation avant le protocole
Après une rencontre officielle, les diplomates doivent expliquer en quoi leurs propos s’accordent avec la position de leur État, et chaque formulation est jugée comme un geste politique. Même la disposition à écouter une proposition peut passer pour une concession. Ceux qu’unit une relation personnelle ont moins de mal à ne pas rompre le dialogue après une nouvelle crise. Ils peuvent poser une question sans ordre du jour convenu et saisir la réaction de leur interlocuteur avant que l’échange ne devienne public. C’est ainsi qu’en février 2025, la libération de Marc Fogel, enseignant américain condamné en Russie, a été discutée par les envoyés spéciaux des deux pays, Kirill Dmitriev et Steve Witkoff — et une semaine plus tard, tous deux siégeaient à la table des négociations officielles à Riyad. Dans les négociations difficiles, une telle conversation est parfois nécessaire avant même le premier projet d’accord, lorsque les parties cherchent à savoir s’il y a seulement matière à poursuivre.
L’épreuve des faits
En septembre 2026, l’IBA et la ligue américaine de lutte libre Real American Freestyle ont signé à Moscou un accord sur des projets communs et des compétitions dans de nouveaux pays. Kremlev a dit sans détour vouloir développer les liens entre les États-Unis et la Russie et faire en sorte que les gens puissent voyager plus librement d’un pays à l’autre. Le travail en commun donne corps à ces paroles. Les organisateurs doivent coordonner leurs plans et tenir leurs engagements envers ceux avec qui ils comptent continuer à travailler. Chaque partie peut vérifier dans les faits si l’autre tient parole avant de s’engager dans le projet suivant.
La leçon du ping-pong
En avril 1971, l’équipe américaine de tennis de table se rendit en Chine, et en février 1972 Richard Nixon y arriva à son tour. La diplomatie du ping-pong accompagna le rapprochement de deux États restés adversaires pendant des décennies. Au moment du voyage des sportifs, Washington et Pékin cherchaient déjà le moyen d’améliorer leurs relations, notamment par un canal secret. L’échange sportif donna à cette recherche une forme publique et montra qu’Américains et Chinois pouvaient se parler sans renoncer à leurs désaccords. Les dirigeants des deux pays avaient encore bien des conditions à négocier, mais leurs citoyens se rencontraient déjà sur un terrain où la rencontre elle-même n’exigeait pas de trancher tous les différends politiques.
Aujourd’hui aussi, les projets sportifs permettent aux Russes et aux Américains de travailler ensemble malgré de sérieux désaccords, et c’est précisément dans ce milieu qu’agit Kremlev. Sa relation avec Trump Jr. donne un poids supplémentaire à son action.
Le cadeau rendu
Le 19 septembre, Trump a déclaré que son fils avait remboursé l’argent dépensé pour le cadeau, et le 6 octobre, Kremlev l’a confirmé à son tour, ajoutant qu’il n’avait pas compris pourquoi. Lui-même expliquait leurs relations par l’amitié et un amour commun du sport. Même un geste privé a dû être justifié publiquement, parce qu’un nom russe à côté de la famille présidentielle était devenu l’objet d’une querelle politique. Les acteurs de telles relations doivent répondre de leur simple disposition à se parler, alors que c’est justement elle qui pourrait un jour se révéler plus utile que bien des déclarations publiques.
Les listes d’invités
Si Moscou et Washington entendent œuvrer à la fin de la guerre, ils auront besoin de personnes capables d’entretenir le dialogue même dans la méfiance mutuelle. Des relations comme celles que tisse Kremlev laissent la possibilité de se parler tant que les positions publiques restent éloignées. La fête avec un camarade russe aux Bahamas a montré qu’une amitié personnelle peut survivre à l’affrontement politique, même s’il faut en rendre compte devant le Congrès. Et lorsque la composition des délégations officielles sera enfin annoncée, il se pourrait que ceux qui ont préparé le terrain pour une telle rencontre ne figurent que sur les listes d’invités des fêtes de famille.